Art contemporain africain : l’invitation au voyage des galeries abidjanaises

D’Abidjan à « Tokyo » en se rapprochant de plus en plus des pays frontaliers que sont le Bénin, le Mali et le Ghana, il y a comme un air d’invitation au voyage. A défaut de traverser les frontières de manière physique, c’est l’art contemporain africain qui prend rendez-vous à Abidjan.

Petit à petit la vie reprend son cours normal. Les vernissages, ces fameux moments de partage sont de plus en plus nombreux et variés. L’art contemporain reprend sa marche là où il l’avait laissé. Il semble n’avoir pris aucune ride. Au contraire, c’est avec beaucoup d’engouement que l’esprit prolifique des artistes s’est déployé sur le support : papier, numérique (avec l’avènement des NFT) pendant cette période presqu’apocalyptique.

Une chose attire mon attention. Comme si l’esprit est un, pendant le trimestre de l’année 2021, la majorité des galeries d’art à Abidjan s’est tournée vers des artistes étrangers. Suivez mon regard.

Contemporary Bénin de la Fondation Donwahi

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© Fondation Donwahi

Après une exposition de la photographe éthiopienne Aïda Muluneh, la fondation Donwahi en collaboration avec la galerie Amani reçoit des noms qui font la scène artistique béninoise.

Laëla Adjovi , Éliane Aisso , Joëm Degbo , Sènami Donoumassou , Rémy Samuz , Nathanael Vodouhè ,  Julien Sinzogan, Dominique Zinkpé,  King Houndekpinkou,  Grégory Olympio , Thierry OussouTchif, Julien Vignikin.

Idelphonse Affogbolo : c’est l’homme à qui l’on doit la naissance de ce magnifique projet. Il est collectionneur d’art et mécène béninois. L’objectif de cet événement est de participer à la circulation et à la visibilité de l’art contemporain en Afrique et apprendre aux jeunes à regarder l’art africain.

Art contemporain Africain
Au centre, Idelphonse Affogbolo en compagnie de Jems Kokobi à droite
© Galerie Amani

Les quatorze plasticiens cités précédemment se sont offerts au regard curieux du publique du 08 Avril au 09 Mai 2021. Entre peintures, sculptures et photographies, la réaffirmation de l’identité africaine offre des œuvres de l’Afrique au monde.

© King Houndekpinkou
© King Houndekpinkou

Il importe de relever le soutien du ministère de la culture du Bénin qui n’est pas resté en marge de cet événement par la présence de Carole Bona, conseillère technique aux arts du pays.

Quelques mois auparavant, Louisimone Guirandou Gallery avait déjà pris le pari avec « états d’âme » de Zinkpé ; une exposition personnelle qui donnait à découvrir l’univers de cet artiste béninois qui participait un an auparavant à l’exposition « Prête-moi ton rêve ».

L’exposition Contemporary Bénin se poursuivra en septembre prochain à Cotonou avant de poser les valises à Dakar en décembre.

Brave New World chez Lousimone Guirandou Gallery

Le commissaire d’exposition Amédé Régis Mulin a décidé de réunir 4 artistes originaires du Mali autour de la thématique du nouveau monde du 20 Mai au 03 Juillet 2021. Le titre de l’exposition est un emprunt du roman d’Aldoux Huxley « Brave New World ». Il y aborde deux mondes : l’état de nature ainsi que l’état « civilisé » ainsi que son impact sur nous. Chacun à sa manière a apporté sa touche à l’édifice offrant un beau contraste rythmé de couleurs qui donnent un tout cohérant et apaisant.

Cette narration poétique pousse Alhassane Konte à nous embarquer dans sa vision idéalisée du monde ; un monde un peu plus respectueux de dame nature. Mais surtout dans lequel l’humain affronte et surpasse ses difficultés. Les enfants y sont symbole d’avenir et d’espoir.

Alhassane Konte
Alhassane Konte lors de la balade Arty 4 ©NAYJM

Quant à Ange Dakouo, son installation centrale qui nous fait pénétrer au cœur d’un cerveau, élément autour duquel tourne toutes nos quêtes. Il déploie ensuite le long des murs ses amulettes faites de notre quotidien (par son matériau qu’est le papier journal).

Ange Dakouo
© NAYJM

Dramane Diarra a pour spécialité les têtes d’engrenage. L’Homme est pour lui muté en machine insatiable et infatigable. Pris dans le fossé des informations, des tensions, n’est-ce pas à la déshumanisation qu’il court ?

Balade ARty 4
© Balade Arty 4

Enfin, par son travail de récupération, Dramane Bamana nous met face à nos écarts et au gaspillage. La consommation n’existe plus et laisse place à nos envies qui ne tiennent compte de rien sinon de notre « égoïsme ».

Balade Arty 4
Oeuvres de Dramane Bamana à gauche et d’Ange Dakouo dans le fond © Balade Arty 4

La Rotonde des Arts reçoit Kofi Setordji

Kofi setordji
© La rotonde des arts

La Rotonde des arts frappe fort en faisant place à Kofi Setordji du 27 Mai au 26 Juin 2021. Cet artiste ghanéen n’en est pas à sa première expérience en Côte d’Ivoire. Toutefois cet événement reste exclusif. Si son écriture artistique s’apparente au cubisme, les personnages restent empreints de réalités africaines et l’inscrivent donc dans l’art contemporain africain.

 » Pour moi, mon idée de la vie est que tout évolue autour de moi. Vous devez toujours avoir un point fixe de l’endroit où vous vous trouvez. C’est le lieu que vous définissez. Vous êtes donc le centre de la roue. Tout évolue autour de vous. Vous ne pouvez me comprendre que lorsque vous comprenez d’où je viens. »

génocide rwandais Kofi Setordji
© La rotonde des arts

Son installation sur le génocide rwandais reste un gros coup de cœur que je vous invite à découvrir. Il s’agit d’une invitation à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure en y faisant face et non en nous dédouanant des faits qui heurtent notre sensibilité voir dépassent notre entendement. Devenir plus humain, le message se répète.

La galerie Cécile Fakhoury nous invite à Tokyo avec Aboudia

C’est Noel avant l’heure. Même quand l’artiste est ivoirien, le titre n’en est pas moins voyageur. Tokyo, c’est le titre de la dernière exposition personnelle à Abidjan du « chouchou » de l’art contemporain ivoirien : Aboudia. L’artiste et la galerie Cécile Fakhoury ont mis les petits plats dans les grands.

Tokyo est un monologue de l’artiste entre ses œuvres d’antan et celles d’aujourd’hui, à la fois une rétrospective et une projection. On y retrouve une fresque de l’artiste réalisée in situ sur plus de 13 mètres de long. On peut dire que c’est une exposition de taille.

Aboudia tokyo
© Aboudia

Ps : même si le jeu de mot est pourri, l’exposition ne l’est pas alors n’hésitez pas à y faire un tour dès le samedi 19 juin 2021.

Toutes ces expositions prouvent qu’à l’ère de la covid, plus besoin de se déplacer pour voyager. Coïncidence ou action concertée ?  Ce qui est évident, la Côte d’Ivoire à travers tous ces modèles fait bonne figure. C’est un modèle de solidarité que de se tenir les coudes d’une telle manière. L’union entre artistes / galeries / institutions africains, voilà de quoi donner du poids à l’art contemporain africain et prendre de la valeur au niveau international en commençant bien évidemment la reconstruction à partir des racines, l’Afrique.

4 Replies to “Art contemporain africain : l’invitation au voyage des galeries abidjanaises”

  1. « Reconstruire l’Afrique à partir de ses racines »… Une excellente idée et un défi pas évident à relever car certains occidentaux ne voient pas l’Afrique comme un continent mais parfois comme un pays. Ce qui est ridicule, bien sûr. En effet la superficie de l’Afrique est environ de
    30.400.000 km2 alors que la superficie cumulée de la Chine et des Usa n’est que de 20 millions de km2. Le Groenland couvre à peine le Zaïre ou la RDC. Enfin la superficie de la Russie n’est que de 17 millions de km2. Toutes ces données montrent la grandeur en surface de l’Afrique qui est un continent sous peuplé contrairement à ce que l’on peut croire. Il y a donc plusieurs Afriques quand on évoque les arts africains qui sont mal connus par les africains eux-mêmes et par tous les non-africains. La richesse de l’art africain demande à être diffusée et connue du monde entier. L’Afrique est le berceau de l’humanité, ne l’oublions pas. Et l’homme ne vit pas que de pain, il doit aussi développer son sens artistique et esthétique. J’encourage tous ceux qui souhaitent œuvrer pour la diffusion de l’art africain à l’échelle mondiale de ne pas avoir peur de s’atteler à ce projet ambitieux.
    Hippolyte Didavi professeur de mathématiques à la retraite.

  2. Bonjour
    Ce matin, je commencerai par remercier tous ceux qui ont eu l’opportunité de lire mon précédent commentaire.
    Dans ce commentaire, j’avais écrit ceci :
    « L’homme ne vit pas que de pain, il doit aussi développer son sens artistique et esthétique ». En vrai dire, il s’agit d’un besoin comme le boire et le manger.
    La preuve de ce que j’affirme, c’est l’existence en certains endroits de l’existence de graffitis et dessins datant d’une centaine de siècles et ayant pour support la surface intérieure de certaines grottes : la grotte Margot avec des graffitis de 12000 ans, la grotte de Lascaux bien connue de tous et classée patrimoine mondial de l’Unesco. La grotte Cosquer et enfin les grottes ornées d’Ardèche.
    Les graffitis et dessins que l’on observe portent la désignation « d’art pariétal »
    La grotte de Lascaux située sur la commune de Montignac-Lascaux en Dordogne (Nouvelle Aquitaine) dans la vallée de la Vézene est l’une des plus importantes grottes ornées du Paléolithique supérieur par le nombre et la qualité esthétique de ses œuvres. Elle est parfois surnommée « la Chapelle Sixtine de l’art pariétal ». Les peintures et les gravures qu’elle renferme n’ont pas pu faire l’objet de datations directes précises : leur âge est estimé entre environ 19000 et 17000 ans à partir de datations et d’études réalisées sur les objets découverts dans la grotte.
    Très originale, la grotte de Cosquer est une grotte sous marine unique au monde située dans les Calanques, près de Marseille, au cap Margiou. Avec les animaux terrestres habituels de l’art pariétal, on a également trouvé, dessinés ou gravés dans la roche, des pingouins, des phoques, des poissons et divers signes pouvant évoquer des méduses ou des poulpes.
    L’Afrique, berceau de l’humanité n’a pas encore eu la chance de bénéficier de telles recherches qui donneraient sens à cette dénomination. La recherche de façon générale a besoin de mécènes ou de personnalités directement intéressées par l’objet de ces recherches. L’Afrique est « pauvre » et ses dirigeants sollicitent souvent l’aide pécuniaire de certains pays occidentaux bienveillants mais, ne l’oublions pas, il y a aussi en Afrique de grands commerçants richissimes et des hommes d’affaires qui ont pion sur rues.
    Cherchons comment nous pouvons les mettre à contribution pour mettre en avant la reconnaissance des arts africains par le monde entier.
    Votre fidèle serviteur
    Didavi Hippolyte.

  3. Je me devais de remercier Meliamine qui fait beaucoup pour la diffusion de l’art africain. J’ai eu l’occasion tout dernièrement de visiter son blog et j’ai été surpris par la richesse des sujets variés abordés. Les artistes ivoiriens contribuent beaucoup à la connaissance de l’art, j’allais dire des arts ivoiriens. Mon épouse est une fan des masques baoulé et les reproduit ou les interprète…J’essaie juste d’imaginer le cadre de création de ces artistes qui sculptent ces masques vecteurs de représentations imaginaires. J’encourage Mme Meliamine à poursuivre son œuvre malgré le travail et le sérieux que cela suppose. Elle peut compter sur mon soutien et de ceux qui comme moi se passionnent pour cet art africain dont Picasso s’était largement inspiré.

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